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A quelles approches éthiques Se fier ? La vertu
L’éthique de la vertu : elle met l’accent sur le caractère vertueux comme guide du comportement moral, plutôt que sur les conséquences ou les règles, dans la tradition d’Aristote et de Platon. On peut reconnaître une « bonne » personne de la même façon qu’on peut reconnaître un « bon » violoniste. Elle ne prend pas plaisir à assister à un combat de chiens.
De nombreuses personnes soutiennent que l’éthique de la vertu offre une explication plus réaliste de la façon dont les gens réfléchissent dans les faits aux questions éthiques
(Anscombe, 1958 ; Wiggins, 2006).
Certains soutiennent que nos valeurs actuelles ne sont pas à la hauteur du défi que représente le changement climatique, et que seul un changement de valeurs – de vertu – constitue une approche éthique prometteuse (Jamieson 1992).
Nos valeurs ou nos notions de la vertu ont évolué à la lumière de notre expérience du bon fonctionnement des communautés : cette base évolutionnaire pourrait se révéler inadéquate pour un ensemble de défis globaux, de très long terme et irréversibles.
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A quelles approches éthique se fier ? Un droit à émettre ?
Existe-t-il un droit à émettre des gaz à effet de serre ?
Pour certains, il existe un droit à émettre, en lien avec le fait même d’exister, ou en lien avec le développement. Mais le droit de profiter d’un bien commun (comme un parc national ou l’air pur) n’implique pas l’existence d’un droit à l’endommager.
Nous pouvons choisir d’utiliser de l’énergie qui n’émet pas de gaz à effet de serre. Et qui émet ? Les producteurs ou les consommateurs ? Les deux : les consommateurs utilisent les biens et les producteurs tirent un revenu de leur production.
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A quelles approches éthiques se fier ? La soutenabilité
Développement durable : pour certains, les générations futures devraient avoir un niveau de vie – ou l’opportunité d’atteindre un niveau de vie – qui ne soit pas inférieur au nôtre.
Pour les économistes, cela signifie maintenir constant un stock de capital total (physique, social, culturel, institutionnel). Mais faut-il agréger ces différentes formes de capital, et si oui comment le faire ?
Il est impossible que le système global et écologique soit entièrement soutenable. Ceci a conduit à la formulation de règles spécifiques pour la préservation d’actifs environnementaux critiques, par exemple l’article 2 de la CCNUCC : « stabilisation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau empêchant une interférence anthropique dangereuse avec le système climatique ».
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A quelles approches éthiques se fier ? La soutenabilité
Quel que soit le cadre éthique général retenu, la plupart des approches auront besoin de comparer d’une façon ou d’une autre les conséquences des politiques climatiques.
Nous aurons probablement à arbitrer entre les revenus ou les droits des générations actuelles, qui pourraient être diminués si nous décidions de réduire vigoureusement et rapidement les émissions, et les droits des générations du futur lointain, menacées par le changement climatique. Néanmoins, de bonnes politiques peuvent réduire l’importance de ces arbitrages, voire en supprimer certains (cf. infra).
Comme Sen l’écrit, « prendre entièrement en compte les résultats afin de juger des politiques et des institutions constitue, dans le cas général, une exigence vraisemblable et de grande importance » (1999, p. 61).
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Section 2 : Actualiser le futur
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Actualisation
• L’actualisation est le processus par lequel on ajuste la valeur d’un bien futur afin de pouvoir la comparer à la valeur qu’aurait ce bien s’il était disponible aujourd’hui.
• Elle est utilisée dans les analyses coûts-bénéfices afin d’agréger et d’exprimer la valeur à une date t de coûts et de bénéfices qui se manifestent en différents points du temps. En général t = maintenant,auquel cas le calcul d’actualisation donne la « valeur présente ».
• Le « facteur d’actualisation » est, par définition, le ratio de la valeur d’une unité supplémentaire d’un bien dans le futur et de la valeur d’une unité supplémentaire de ce bien aujourd’hui. Par exemple, si un bien vaut 1 s’il est disponible aujourd’hui et 0,98 s’il est disponible l’année prochaine, le facteur d’actualisation est 0,98.
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Actualisation
• Le taux auquel le facteur d’actualisation décroît au cours du temps est le« taux d’actualisation ». Dans l’exemple précédent, le taux d’actualisationentre cette année et la suivante est égal à 2 %, si le numéraire est le bienconsidéré.
• Formellement, le taux d’actualisation est simplement le taux proportionnelde diminution de la valeur du numéraire.
• Le taux d’actualisation dépend :
– (i) du bien choisi comme numéraire (il varie en général d’un bien à un autre) ;
– (ii) de la période considérée (il n’est généralement pas constant au cours du temps) ;
– (iii) de la personne qui possède le bien (pour un bien et une période donnée, il n’est en général pas le même pour tout le monde).
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Actualisation
• Si nous avons peu de bien A aujourd’hui et pensons que nous en aurons plus dans le futur, nous pouvons actualiser fortement : une quantité supplémentaire de A aujourd’hui a bien plus de valeur que dans le futur.
• En revanche s’il existe un bien B dont on pense qu’il sera plus rare à l’avenir et qu’il aura plus de valeur, nous pouvons actualiser faiblement (ou à un taux négatif) si B est choisi comme numéraire. Dans ce cas, la valeur relative de A par rapport à B change au cours du temps.
• Plus nous pensons que nous serons riches (resp. pauvres) dans le futur, plus il est probable nous actualisions fortement (resp. de façon fortement négative).
• Si nous sommes myopes, nous pouvons actualiser le futur simplement parce que c’est le futur (indépendamment de toute considération de richesse) : c’est l’actualisation due à la préférence pure pour le présent.
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Actualisation
• Un indicateur très agrégé du bien-être humain est donné par l’utilité de la consommation, u(c).
u(c) = c(1-η)/(1− η) et l’utilité marginale, u′, vaut c-η
• L’utilité dépend de la consommation agrégée de biens et de services via une fonction isoélastique ; η est l’élasticité de l’utilité marginale par rapport à la consommation.
• Le taux d’actualisation social (TAS), qu’on définit ici comme le taux de diminution de l’utilité marginale, est donné par :
TAS = η x g
où g est le taux de croissance de la consommation.
S’il y a une préférence pure pour le présent, et si on note δ le taux de
• préférence pure pour le présent, on multiplie u(c) par e-δt et le TAS est ηg+ δ.
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Réfléchissons à η
η= élasticité de l’utilité marginale par rapport à la consommation. Ce paramètre capture notre attitude vis-à-vis des inégalités de niveaux de consommation (que ce soit pour une personne à différentes dates, entre différentes personnes, ou entre différentes générations). Dans certaines théories il reflète également l’attitude par rapport au risque, si l’on considère le niveau de consommation comme le résultat d’une situation plus ou moins risquée.
η = 2 signifie qu’il est toujours préférable socialement de transférer une unité marginale de consommation de A à B si A est 5 fois plus riche que B et ceci même si, au cours du transfert, jusqu’à 96 % de la valeur du transfert est gâchée (« panier percé »).
• Dans ce cas en effet, l’utilité marginale de B est 25 fois supérieure à celle de A. Ainsi, si B ne reçoit ne serait-ce qu’un peu plus de 4 % de la valeur du panier que A lui transfère, on a une amélioration du bien-être social.
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Réfléchissons à η
Cependant, les valeurs de η que l’on peut calculer implicitement à partir des comportements observés de redistribution via les systèmes de taxes et de transferts sont très variables (voir Atkinson et Brandolini, 2007). Calculer de telles valeurs nécessite en général de faire des hypothèses sur les marchés, les taxes et les comportements (par exemple sur la façon dont les taux de taxation affectent l’offre de travail).
Les valeurs implicites de η tirées des comportements face au risque sont très peu fiables, comme l’est le modèle de l’utilité espérée pour les comportements individuels.
Les taux d’épargne que l’on peut déduire de η sont très sensibles aux hypothèses sur la production, particulièrement aux hypothèses sur le progrès technique (un progrès technique plus important implique un taux d’épargne optimal plus faible, cf. Mirrlees et Stern, 1972).
Dans la plupart des analyses coûts-bénéfices standard, η = 0. • L’option la plus claire et la plus transparente consiste sans doute à considérer des expériences mentales telles que celle du panier percé.
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Actualisation et δ
• Le taux de préférence pure pour le présent peut être interprété comme reflétant la probabilité de survie de l’espèce humaine. Par exemple, une météorite pourrait heurter laTerre (un problème qui n’a rien à voir avec le changement climatique d’origine anthrophique).
• La préférence pure pour le présent n’est rien d’autre qu’une discrimination selon l’année de naissance. Faut-il accorder une valeur moins importante à la consommation de nos descendants simplement parce qu’ils existeront dans le futur, même si l’on sait qu’ils existeront et qu’ils auront (par exemple) le même revenu que nous ?
• John Maynard Keynes, Frank Ramsey, et beaucoup d’autres ont contesté la préférence pure pour le présent, et son caractère égoïste d’un point de vue éthique.
| Taux de préférence pure pour la présent (%) δ |
Probabilité que l’humanité survive 100 ans
|
| 0.1 |
0.905 |
| 0.5 |
O.607 |
| 1.0 |
O.368 |
| 1.5 |
O.223 |
• La préférence pure pour le présent dans le cadre d’analyses coûts-bénéfices de questions plus étroites (par exemple un projet d’investissement particulier dans un endroit précis) constitue un problème différent.
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L’approche marginaliste
• L’actualisation est une approche marginaliste, dans laquelle l’évaluation de changements marginaux (par exemple de la consommation) dépend du sentier considéré.
• Les taux et facteurs d’actualisation seront donc différents pour des sentiers différents.
• Dans la mesure où le changement climatique demande que l’on examine des sentiers de croissance futurs très différents, c’est une erreur que d’appliquer une méthode marginaliste à un sentier donné (comme celui des taux de croissance observés ou historiques) pour faire des choix stratégiques et comparer des sentiers futurs quiseront sans doute très différents du sentier actuel.
• Choisir un sentier signifie que l’on choisit implicitement le taux d’actualisation associé, et non pas l’inverse. Les taux d’actualisation ne sont donc pas des déterminants exogènes indépendants de nos choix.
• Il faut donc reconnaître que les taux d’actualisation sont endogènes à un ensemble de choix fondamentaux non marginaux.
• De nombreuses erreurs dans la littérature sur l’actualisation dans le cadre du changement climatique proviennent de l’incompréhension de ce choix fondamental.
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Peut-on déduire directement les taux d’actualisation des marchés ?
• En dépit de l’erreur soulignée précédemment, certains soutiennent que des taux d’actualisation pertinents peuvent être « lus » directement des taux d’intérêt ou de rendement des marchés, tout comme la valeur relative des pommes et des poires peut être déduite de leurs prix relatifs.
• Cependant, il n’existe aucun marché à partir duquel on pourrait déduire quelque chose comme une préférence collective révélée ou un taux approprié pour un horizon de 100 ans ou plus.
• En outre, les marchés auxquels on est tenté de se référer sont pleins d’imperfections informationnelles, de taxes, et de possibilités de se prémunir contre le risque, de telle sorte que leurs taux d’intérêt ou de rendement ne pourraient constituer que des indicateurs peu fiables. Ces imperfections impliquent d’ailleurs que les taux d’intérêt y sont différents pour des personnes différentes.
• Même en persistant sur ce chemin, on trouve que les taux d’intérêts réels (i.e. ajustés de l’inflation) de long terme sur la consommation tournent autour de 1,5 %, et non pas de 6 %, taux souvent utilisé par les analystes.
• Il faut également prendre en compte le fait qu’il s’agit d’un problème à plusieurs biens : il peut y avoir des taux d’actualisation différents pour la consommation et l’environnement. La première pourrait augmnter – temporairement – mais le second pourrait se dégrader : ainsi, le taux d’actualisation de la consommation pourrait être positif, mais celui de l’environnement négatif.
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Actualisation
On ne peut donc pas « importer » un taux de marché. On ne peut pas non plus utiliser les taux utilisés pour les investissements publics (3,5 % au Royaume-Uni par exemple) : ces taux sont en général pertinents pour une analyse marginale de projets nationaux de moyen terme. Ils ne s’appliquent pas à des changements radicaux affectant le monde entier. Il est essentiel de prendre en compte les théories fondamentales de l’économie publique moderne ; elles mettent l’accent sur les non-marginalités, le risque, les imperfections, l’existence de plusieurs biens. Les approches standard de l’actualisation sont d’une pertinence très limitée pour le problème du changement climatique. Pour discuter des valorisations intertemporelles, il n’existe donc pas d’alternative raisonnable à l’examen direct des questions éthiques. Ces enjeux seront approfondis lors du colloque organisé en juin au Collège de France